Poésie belge

Samedi 9 août 2008



Le citadin

Je t'offre un verre d'eau glacée
N'y touche pas ditraitement
Il est le prix d'une pensée
Sans ornement

Tous les plaisirs de l'amitié
Combien cette eau me désaltère
Je t'en propose une moitié
La plus légère

Regarde, je suis pur et vide
Comme le verre où tu as bu
Il ne fait pas d'être limpide
Une vertu

Plus d'eau
Mais la lumière sage
Donne à mon présent tout son prix
tel un poète où Dieu s'engage
Et reste pris



Ton visage est le mot de la nuit étoilée

Ton visage est le mot de la nuit étoilée
Un ciel obscur s'ouvre lentement dans tes bras
Où le plaisir plus vain que la flamme argentée
Comme un astre brisé brille et tremble tout bas

Vivante, conduis-moi dans ce nocturne empire
Dont l'horizon mobile enferme notre amour.
Je touche un paysage ; il s'éclaire, il respire
Et prend quelque couleur sans attendre le jour.

Que de choses j'apprends au défaut de tes larmes
Sur le point de me perdre où tu m'as précédé,
Mais enfin je renonce à détourner tes armes.
Je reconnais un corps que je dois te céder.

Perdons-nous ! Parcourons cette courbe profonde
Que tes genoux légers ne me délivrent pas.
Que je sois seul au monde
Au moment de tes larmes.

Que la paix de l'amour commence sous nos pas.



Découverte de l'évidence

La vie est simple. Je dis

Que nous ignorons sa grâce,

Masque transparent, visage

Ridicule, tu souris.


Toi, frère des champs, merci :

La vie est à ton image.

Parle donc, pour être un sage.

Soyons plus forts que l'ennui.


J'enferme les vieilles Muses,

Car ces filles ont des ruses

Terribles et sans beauté.


Vite en cage ! - Moi, j'existe

Et je vois avec fierté

Qu'on ne saurait être triste

Aux jardins que j'ai plantés.




Par MicheleG
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Jeudi 7 août 2008

Maeterlinck est un poète belge issu de la bourgeoisie flamande d'expression francophone. Il parle et écrit donc en français, mais dans ses écrits se ressent l'influence de sa culture flamande, ainsi aussi que son attirance pour le mythe germanique. Très engagé, Maeterlinck se rebelle même contre l'esprit latin, tout en considérant, cependant, des Baudelaire, Rimbaud ou Mallarmé comme des maîtres incontestés du symbolisme.

En fait, Maeterlinck fait partie du mouvement belge du symbolisme. Ce mouvement, bien que largement inspiré du mouvement du même nom qui se développe en France (avec, notamment, des poètes comme Rimbaud, Baudelaire ou Mallarmé), se développe dans un contexte social et culturel différent. Ainsi, les Belges revendiquent-ils une autonomisation de la littérature en Belgique et une reconnaissance nationale, en adhérant aux principes du libre-arbitre. En plus, à la différence des Français dont les sympathies anarchistes sont connues mais relativement "frileuses", les Belges, bien qu'issus généralement de classes sociales relativement aisées, adhèrent clairement aux idées de partis tels que le POB (Parti Ouvrier Belge) à tendance maoïste. Ils accompagnent les luttes ouvrières, soutiennent les mouvements de grèves des socialistes et Maeterlinck ira jusqu'à soutenir de façon ferme le suffrage universel (contrairement à un Verhaeren beaucoup plus "discret")


Ame de nuit

Mon âme en est triste à la fin;
Elle est triste enfin d'être lasse,
Elle est lasse enfin d'être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin
Et j'attends vos mains sur ma face.

J'attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J'attends qu'ils m'apportent l'anneau;
J'attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l'eau.

Et j'attends enfin leurs remèdes,
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil !
J'attends qu'ils lavent mes yeux tièdes
Où tant de pauvres ont sommeil !

Où tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur col morose,
Où, le long des jardins d'hiver,
Des malades ceuillent des roses.

J'attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J'attends qu'ils mouillent mes regards,
L'herbe morte de mes regards,
Où tant d'agneaux las sont épars !


Feuillage du coeur

Sous la cloche de cristal bleu

De mes lasses mélancolies,

Mes vagues douleurs abolies

S'immobolisent peu à peu:


Végétations de symboles,

Nénuphars mornes des plaisirs,

Palmes lentes de mes désirs,

Mousses froides, lianes molles.


Seul, un lys érige d'entre eux,

Pâle et rigidement débile,

Son ascension immobile

Sur les feuillages douloureux,


Et dans les lueurs qu'il épanche

Comme une lune, peu à peu,

Elève vers le cristal bleu

Sa mystique prière blanche.

 

Par MicheleG
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Jeudi 17 juillet 2008

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Emile Verhaeren est né le 21 mai 1855 à Sint-Amands, petite commune belge en bord d'Escaut, non loin de la grande métropole Anversoise. Il fera ses études secondaires à Gand, chez les jésuites, au Collège Sainte-Barbe, en même temps que Georges Rodenbach et quelques années avant Maurice Maeterlinck, autres grands noms de la littérature flamande de langue française. Ensuite, ce seront des études de droit à l'Université Catholique de Louvain.

Sa carrière sera cependant bien plus littéraire que juridique. Il est actif dans "La Jeune Belgique" dès le début, en 1881, avec Max Waller, Iwan Gilkin, Albert Giraud et Emile Van Arenbergh. En 1883, il publie son premier recueil, encore empreint de naturalisme, "Les Flamandes". Après, ce sera "Les Moines" (1886), où transparait une certaine attirance pour le mystique.

Ensuite viendra la trilogie symboliste avec "Les Soirs" (1888), "Les Débâcles" (1888) et "Les Flambeaux noirs" (1891), oeuvre marquée par le pessimisme, la noirceur et la neurasthénie, oeuvre où abondent les images violentes et sanglantes. C'est l'oeuvre d'un auteur qui traverse une grave dépression. En 1891, année de son mariage, ces chimères noires s'effaceront dans "Les Apparus dans mes Chemins".

Plus tard, sous l'influence du socialisme d'Emile Vandervelde, sa poésie deviendra plus sociale avec cette autre trilogie: "Les Campagnes hallucinées" (1893), "Les Villages illusoires" (1895) et "Les Villes tentaculaires" (1895), portraits sombres d'une société en mutation, mais aussi profession de foi en le progrès. Ce sont sans doute les oeuvres auxquelles on pense en premier quand on parle de Verhaeren aujourd'hui.

Mais Verhaeren est aussi le poète du bonheur conjugal, comme dans "Les Heures claires" (1896), "Les Heures d'Après-midi" (1905) et "Les Heures du Soir" (1911), ou de son pays natal, comme dans le cycle "Toute ma Flandre", avec ses cinq recueils: "Les Tendresses premières" (1904), "La Guirlande des Dunes" (1907), "Les Héros"(1908), "Les Villes à Pignons" (1909) et "Les Plaines" (1911).

Il y a aussi ces recueils ou le poète chante les forces qui mènent l'humanité, des poèmes remplis de fougue et d'optimisme: "Les Visages de la Vie" (1899), "Les Forces tumultueuses" (1902), "La Mutltiple Splendeur" (1906), "Les Rythmes souverains" (1910). Peut-être est-ce la partie de son oeuvre qui a eu le plus de mal à vieillir. Serait-ce parce qu'il n'est aujourd'hui plus vraiment possible de croire en l'homme et en le progrès après deux guerres mondiales, après Hiroshima, après Auschwitz? Qui disait encore qu'aucune poésie n'était plus possible après Auschwitz? En tout cas, ce ne pourra plus être la même qu'avant...

La guerre bouleversera le poète, viendra fracasser son bel optimisme lyrique en une humanité meilleure. Elle inspirera à Verhaeren un dernier recueil de poèmes, tout empreint de patriotisme. Il est rare que le patriotisme ou le nationalisme inspire des chefs-d'oeuvre impérissables. "Les Ailes rouges de la Guerre", paru en 1916, ne déroge pas à cette règle. Verhaeren ne verra pas la fin de ce premier cauchemar mondial. Il décèdera le 27 novembre 1916 à Rouen, écrasé par un train.

 

Verhaeren, tout comme Maeterlinck, fut un des écrivains francophones les plus célébrés de son temps. Force est de constater que son étoile a bien pâli et qu'il ne reste pas grand-chose de cette gloire passée. Aujourd'hui, peu de gens le lisent encore et ses oeuvres, à quelques rares exceptions près, végètent trop souvent dans les réserves des bibliothèques, d'où plus personne ne semble les déranger. Peut-être ce site vous donnera-t-il l'envie d'aller les sortir du semi-oubli dans lequel elles sont un peu injustement tombées.


Chaque heure, où je songe à ta bonté


Chaque heure, où je songe à ta bonté
Si simplement profonde,
Je me confonds en prières vers toi.

Je suis venu si tard
Vers la douceur de ton regard,
Et de si loin vers tes deux mains tendues,
Tranquillement, par à travers les étendues!

J’avais en moi tant de rouille tenace
Qui me rongeait, à dents rapaces,
La confiance.

J’étais si lourd, j’étais si las,
J’étais si vieux de méfiance,
J’étais si lourd, j’étais si las
Du vain chemin de tous mes pas.

Je méritais si peu la merveilleuse joie
De voir tes pieds illuminer ma voie,
Que j’en reste tremblant encore et presque en pleurs
Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.

Les heures claires (1896)


C'est la bonne heure


C'est la bonne heure où la lampe s'allume :
Tout est si calme et consolant, ce soir,
Et le silence est tel, que l'on entendrait choir
Des plumes.

C'est la bonne heure où, doucement,
S'en vient la bien-aimée,
Comme la brise ou la fumée,
Tout doucement, tout lentement.

Elle ne dit rien d'abord - et je l'écoute ;
Et son âme, que j'entends toute,
Je la surprends luire et jaillir
Et je la baise sur ses yeux.

C'est la bonne heure où la lampe s'allume,
Où les aveux
De s'être aimés le jour durant,
Du fond du coeur profond mais transparent,
S'exhument.

Et l'on se dit les simples choses :
Le fruit qu'on a cueilli dans le jardin ;
La fleur qui s'est ouverte,
D'entre les mousses vertes ;
Et la pensée éclose en des émois soudains,
Au souvenir d'un mot de tendresse fanée
Surpris au fond d'un vieux tiroir,
Sur un billet de l'autre année.

Les heures d'après-midi (1905)


Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte


Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,
Si profonde qu'elle en est sainte
Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair ;
Nous descendons ensemble au jardin de la chair.

Tes seins sont là ainsi que des offrandes,
Et tes deux mains me sont tendues ;
Et rien ne vaut la naïve provende
Des paroles dites et entendues.

L'ombre des rameaux blancs voyage
Parmi ta gorge et ton visage
Et tes cheveux dénouent leur floraison,
En guirlandes, sur les gazons.

La nuit est toute d'argent bleu,
La nuit est un beau lit silencieux,
La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.
Les heures claires (1896)
Par MicheleG
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Présentation

  • : idnoires ou un peu de détente belge
  • : 12/04/2008
  • idnoires
  • : Je vous invite dans mon jardin (secret). Arrêtez-vous là, posez-vous un instant. Nous boirons un verre, mangerons quelques spécialités belges en écoutant de la musique tout aussi belge. Je vous parlerai de mes dernières lectures, des films que j'ai aimés, des lieux que j'ai découverts, des peintures que j'apprécie. Et si nous passons un moment agréable ensemble, j'espère que vous reviendrez : la porte reste toujours ouverte pour les gens de passage... et surtout pour les amis.
  • : Musique Cuisine peinture Cinéma lecture Vie perso / Journal intime
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