Je ne pouvais pas passer à côté de ce livre qui attirait mon regard sur l'étagère de cette petite librairie de gare. J'allais passer un peu plus d'une heure dans le Thalys qui m'emmènerait à Paris pour le boulot, et il fallait bien que je m'occupe, non ? Car chaque minute compte...
J'allais en fait, dans ce train à grande vitesse, prendre conscience de ce que, depuis des jours, des semaines - que dis-je ? - des mois, voire des années, je ressentais au plus profond de moi : besoin de ralentir. Et voilà qu'un journaliste canadien vivant à Londres, dont je n'avais jamais entendu parler avant, mettait en lettres noires toutes simples sur un papier sans valeur, le message que secrètement je me formulais de plus en plus souvent en silence : "j'ai besoin de ralentir".
On court, on court, on s'occupe, on téléphone dans un temps mort, on lit une première page de revue ou une affiche alors qu'on est dans une file d'attente, on pense aux courses à faire, au dossier à terminer, on essaie de caller dans son agenda une sortie au théâtre entre deux rendez-vous avec des copains, on conduit tel enfant là, on espère la venue de l'autre, on pense aux vacances qu'on ne pourra pas prendre parce que les dossiers sont en retard, mais on accepte quand même d'aider son collègue qui semble être encore plus en retard que soi, on regrette cette expo qu'on a ratée par manque de temps et on râle d'une journée durant laquelle on n'a pas arrêté mais où, finalement, on a l'impression de n'avoir rien fait.
Rien fait... de bon et de concret pour SOI, pour le plaisir non programmé, simplement pour laisser le temps s'écouler et apprécier de se sentir vivre sereinement.
Quand me suis-je posée pour la dernière fois dans un divan à ne RIEN faire ? Cela m'est-il déjà arrivé ?
Je me suis rendu compte que déjà j'avais fait le pas il y a quelques années en décidant de ne plus porter de montre, et en décrêtant que j'appliquais le principe du quart d'heure académique. J'arrive en retard ? Que les gens soient heureux de me voir arriver ! POINT.
Mais la vie est ainsi faite que les autres courent. Mais après quoi ?
Cette course effreinée m'a fait louper mon dernier au revoir à mon papa qui n'a pas su se retenir ici jusqu'à cette plage vide dans mon agenda.
J'ai couru si vite, qu'il y a des instants de la vie de mes enfants dont je me souviens grâce aux photos qui ont été prises à ces moments. Ma tête était pleine "des choses importantes à faire". Connerie !...
Slow food... le concept de départ : reprendre le temps de vivre l'instant d'un repas, d'apprécier ces plats longuement préparés avec des produits élevés avec patience et naturellement.
Citta slow : refaire de nos villes et villages des lieux où l'on peut s'arrêter de courir, se poser sur un banc, prendre le temps de parler avec un passant, en dehors du bruit trépidant d'une ville en mouvement, puante, bruyante, invivable, pleine de gens qui courent de tout côté, à la recherche de la bonne affaire à faire, en retard à leur rendez-vous, dans le stress de l'inutilité...
Ben voilà, je lève (un peu) le pied, et ça me va très bien. Que ça en perturbe certains, c'est leur problème, pas le mien. Mon boulot se fait. Mes trajets se passent. Mes rendez-vous se prennent, à mon rythme, plus à celui des autres. Aujourd'hui, je reprends doucement possession de ma vie. Le mouvement est enclenché, et je ne veux plus l'arrêter.
Cool, je serai cool, que ça plaise ou non. Moi, ça me plait.
Merci, Carl !
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Vous m'avez dit...